L’écrivain, l’auteur et le style

L’attribution d’un style à un écrivain ou à un auteur peut apparaître naturelle et ne constitue pas généralement un enjeu problématique.

Or, certains « cas » surprennent et induisent des problèmes de définition des notions d’« écrivain » et d’« auteur ». Tel est le cas de l’écrivain Romain Gary qui, lui-même, a écrit sous divers pseudonymes mais à qui l’on a attribué aussi divers « styles ».

« Romain Gary » est un pseudonyme officialisé, il est devenu le véritable nom de l’individu Roman Kacew. De son premier roman édité, L’Éducation européenne, au dernier, Les Cerfs-Volants, l’écrivain n’a cessé de brouiller les pistes.

Avant de fabriquer sa deuxième identité, Émile Ajar, Gary écrivait déjà sous différents noms dont les plus connus sont Fosco Sinibaldi pour L’Homme à la colombe, en 1956, et Shatan Bogat pour Les Têtes de Stéphanie, en 1976.

L’enjeu socio-littéraire est de taille : il est le seul écrivain à avoir obtenu deux fois le prix Goncourt sous les noms de Romain Gary et d’Émile Ajar.

L’enjeu « stylistique » est tout aussi important induisant par répercussion un enjeu génétique et linguistique. En demeurant l’écrivain, Romain Kacew cherche à devenir un autre auteur que celui qu’il a été dans ses romans précédents. Cet enjeu stylistique nous permet de reprendre les notions d’« écrivain » et d’«auteur » et de formuler notre hypothèse.

Il est convenu que l’écrivain est une personne qui fait profession d’écrire ou dont l’activité essentielle est d’écrire, il peut socialement justifier de publications. Nous nous appuyons sur la distinction proposée par Françoise Vernier qui définit un écrivain comme un individu pour qui l’écriture est une activité professionnelle. Cette personne mène une vie privée, littéraire et sociale qui peut, elle aussi, être un objet de recherche littéraire. L’auteur, lui, se révèle par une étude de son œuvre, son style [cf. : Vernier, 2004, p. 120, 122]. L’auteur est l’écrivain en tant qu’il revendique la création de tel ou tel texte. L’auteur est une signature, Il se rend responsable, en y accolant son nom d’auteur, de la création qu’il a produite. 

Nous pouvons alors formuler notre hypothèse qu’un écrivain peut porter plusieurs noms d’auteur. Sommes-nous dans ce cas ? Émile Ajar et Romain Gary sont-ils deux auteurs pour un seul écrivain ?

Qu’en est-il de l’écriture dans cette quête ? Où chercher les traces de cette recherche d’identité littéraire ? Dans le style, certes. Mais le style, comment le cerner ? Nous avons pris le parti d’aller chercher les « preuves » d’un changement stylistique avéré (Gary et Ajar n’ont pas été confondus) au cœur de l’élaboration énonciative. Nous avons choisi d’aller rechercher et analyser le processus d’écriture dans ses traces manuscrites sur les brouillons.

Ce contexte heuristique quant à la production écrite de l’écrivain Romain Gary ouvre une problématique de la définition du style. Deux voies de la recherche s’ouvrent : celle de la genèse de l’écriture selon chacun des « auteurs » ; celle de la composition et configuration linguistique du matériau verbal constituant le « style » où l’analyse quantitative s’impose. Lire la suite

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Chercheurs
Mikhail MARUSENKO, PR
Maria SLAUTINA
Elena RODIONOVA
Valentina CHEPIGA
Sergey KHOZYAINOV
Anastasia SINELEVA
Elena SHUVALOVA
Assya PETROVA
Panorama
Université d’Etat de Saint-Pétersbourg
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