Conclusion

Romain Gary a écrit sous divers pseudonymes et s’est vu attribuer divers styles. Émile Ajar et Romain Gary sont-ils deux auteurs générés par un seul écrivain ?

Nous avons pris le parti d’aller chercher les « preuves » d’un changement stylistique avéré au cœur de l’élaboration énonciative.

Pour ce travail, nous avons commencé par rappeler et analyser les points de vue des contemporains sur l’affaire Ajar. Notamment, nous écartons les hypothèses selon lesquelles Louis Aragon, Jacques Lanzmann, Raymond Queneau ou Michel Tournier auraient pu créer l’œuvre d’Ajar. Par ailleurs, nous pouvons rappeler ici que la tendance de Romain Gary à utiliser des pseudonymes est bien établie.

L’analyse comparée de textes de Romain Gary et d’Émile Ajar démontre qu’il y a deux manières différentes d’écrire et deux matériaux textuels différents. Si Romain Gary travaille méticuleusement ses manuscrits et en reprend plusieurs fois l’élaboration énonciative, Émile Ajar n’a pas recours à ces reprises sinon de manière marginale. Cette conclusion, qui s’appuie sur les résultats attachés à un corpus partiel, peut être étendue – grâce à notre lecture minutieuse de l’ensemble des manuscrits du fonds Gary de l’IMEC – à l’ensemble de manuscrits correspondants aux œuvres des deux « auteurs ».

Nous avons montré que, outre les indices objectifs d’attribution (documents d’archives, éléments biographiques, événements historiques et sociaux), il est nécessaire, si l’on veut fonder une réponse à la question initiale Gary a-t-il écrit les livres d’Ajar ?, de procéder à des analyses systématiques et statistiques du matériau verbal constituant les textes (et manuscrits) de chacun des auteurs.

Cela revient à relever, chez les auteurs potentiels, les différences significatives statistiquement (ou l’absence de différences) entre les textes à attribuer et les textes de leurs corpus. S’il n’y a pas de différences significatives  ou bien si ces différences ne dépassent pas un certain seuil critique, nous pouvons en déduire l’attribution des textes à un auteur.

Ainsi, après avoir analysé les documents manuscrits sources des œuvres de Gary et d’Ajar, nous avons cherché à attribuer les œuvres d’Ajar. La méthode d’attribution par « la reconnaissance des formes » conçue par Mikhaïl Marusenko et élaborée sur des unités syntaxiques a été décisive.

À l’issue de la recherche, l’hypothèse formulée de la façon suivante : (H0) soit tous les textes signés Ajar ont été écrits par Gary, est validée. Nous avons en effet formée une classe a posteriori  qui présente un haut degré d’homogénéité.

Consécutivement, les hypothèses alternatives, formulées comme : (H1a) soit les textes signés Ajar ont été écrits par Paul Pavlowitch et (H2a) soit les textes signés Ajar sont l’œuvre commune de Romain Gary et de Paul Pavlowitch avec une certaine part revenant à chacun, ont été rejetées.

 

Suite à ce travail, nous pouvons réexaminer les notions d’« écrivain » et d’« auteur » et considérer Gary et Ajar comme deux auteurs différents générés par un même écrivain.

 

Romain Gary a pu concevoir deux espaces distincts d’écriture et a ainsi conçu et construit deux auteurs ayant chacun leur œuvre avec leur style et leur signature éditoriale.

<<Coordonnées de l'auteur de cette recherche

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Chercheurs
Mikhail MARUSENKO, PR
Maria SLAUTINA
Elena RODIONOVA
Valentina CHEPIGA
Sergey KHOZYAINOV
Anastasia SINELEVA
Elena SHUVALOVA
Assya PETROVA
Panorama
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